Michel Lambert musicien

Michel Lambert musicien

Michel Lambert issu d’une famille poitevine modeste a connu les plus grands honneurs. Michel Lambert est né vers 1610 à Champigny-sur-Veude ou à Vivonne (?). Il a été enfant de chœur à la Sainte-Chapelle de Champigny. La seigneurie de Champigny entre dans les possessions de Gaston d’Orléans, frère du roi Louis XIII marié à Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier. Ils vont lui procurer une  fidèle protection. Etienne Moulinié, chef de la Musique du duc d’Orléans, le remarque,  le fait page de la musique de la chambre de Monsieur.

Le temps du succès

Michel Lambert tombe amoureux et se marie avec une de ses élèves de chant, Gabrielle, (morte prématurément) fille de Michel Dupuis, tenancier du cabaret parisien le Bel Air (poètes et musiciens connus).

Il est aussi prisé dans les cercles précieux, celui de Madame de Rambouillet (1588-1665), puis, dans les années 1650, celui de Mademoiselle (Madeleine) de Scudéry (1607-1701). Dans une lettre du 21 juillet 1648, la chanteuse Anne de la Barre, écrit à Constantin Huygens qu’elle a, en la personne de Michel Lambert, le meilleur des professeurs.  Pierre Perrin le surnomme  

« l’Amphion moderne ». Le Cerf de le Viéville dit qu’il est « le meilleur maître des deniers siècles ». Titon du Tillet rapporte « un charmant concert au cours duquel Lambert s’accompagnait au théorbe ».

Il participe à l’édition du traité de Jean Blanchet (1724-1778, L’art ou les principes philosophiques du chant). Avec Hilaire Dupuis, autre belle-sœur, chanteuse très appréciée à la cour Michel Lambert connait des mécènes de plus en plus nombreux.

Porte Maison Lambert Vivonne

Il continue néanmoins à donner des cours de chant aux musiciennes professionnelles et aux jeunes filles de la bonne société (1).

L’évêque de Lisieux, Léonor Ide Matignon leur permet de venir chanter et jouer aux ballets du roi. En 1661 on lui propose, la charge de maître de la Musique de la Chambre du roi. Son futur gendre Jean-Baptiste Lully reprend alors sa place de surintendant.

Michel Lambert et Jean-Baptiste Lully

Michel Lambert et Lully jouent régulièrement dans des scènes comiques et parodiques. Comblé par sa carrière, Lambert assiste au mariage de sa fille Madeleine avec Jean-Baptiste Lully en 1662.Le roi Louis XIV, la reine mère Anne d’Autriche et la reine Marie-Thérèse ainsi que Colbert et le duc de Rochechouart-Mortemart sont témoins signataires de leur mariage.

« Les œuvres de Lully et de Lambert appartiennent à des univers extrêmement différents. Lully possède une véritable science de l’écriture qui lui sert à créer les effets dramatiques dont il est friand. Il aime la clarté, l’apparat, c’est un homme de théâtre. Tout au contraire, la méthode si célèbre de Michel Lambert est en fait un système d’ornementation * très riche qui permet à la musique de ne jamais être identique malgré la structure répétitive des poèmes. Il compose presque exclusivement des airs de cour pour les cercles restreints des salons précieux ». (2)

Partition musicale et chorégraphique de Lully

Lambert, malgré sa célébrité, voit éclore à côté de lui la tragédie lyrique, opéra typiquement français mais conçu par Lully, compositeur d’origine italienne. En cela, Lambert participe à la création de l’art dramatique français : il apprend à Lully les codes de la musique française, la prosodie et surtout le style de son pays.

Pendant ce temps, à chaque voyage à Vivonne dans sa belle famille, Lully s’intéresse aux danses villageoises et en tirera le menuet issu de 2 danses poitevines la Branle (3) et la Courante que le roi accueillera avec enthousiasme. (4)

Malgré la célébrité de Jean-Baptiste Lully, Lambert demeure très apprécié et encensé. Même après sa mort, le 27 juin 1696, à l’âge de 85 ans, de nombreux écrivains lui dédient un poème (5)

(1) une jeune fille qui sait bien chanter possède à l’époque un attribut de séduction non négligeable. Ces jeunes filles apprennent la méthode très particulière de Lambert : elles chantent en prenant grand soin de la prononciation des poèmes et de l’ornementation de la mélodie. On dit même chanter «lambertiquement», preuve de sa grande notoriété.

 Margaret Dobby thèse de musicologie au Centre d’études supérieures de civilisation    médiévale de l’Université de Poitiers: «Le motet et l’arbre de Jessé au XIIIe siècle».

(2) Margaret Dobby CESCM Poitiers Opus déjà cité.

(3) Le nom de Branle (danse poitevine) vient du fait que 2 danseurs marchant l’un vers l’autre, au moment de se rencontrer levaient en l’agitant le pied droit ou le pied gauche.

(4) Frontispice d’un document musical et chorégraphique de Lully(voir ci-dessus)

(5) Jean de Lafontaine : « Enfin, on crut que le cygne n’oseroit chanter après lui. Il chanta toutefois, et chanta véritablement assez bien ; mais outre que c’estoit en une langue qu’on n’entendoit point, il fut jugé de beaucoup inférieur à Lambert.»