Cercigny

Cercigny

Le château

Il a été construit au milieu du XV° sur un îlot entouré de larges douves en eau, avec deux corps de bâtiments qui encadrent un remarquable châtelet d’entrée. Château de la même période est du même style que celui de Chambonneau (Gizay). Une propriété mentionnée pour la première fois en 1303, associée à la famille de Rochechouart qui la conservera jusqu’au XVIIIe siècle. Le château, en partie détruit pendant la guerre de Cent Ans et les guerres de religion, ne fut plus habité jusqu’au XVIIe siècle, époque de la reconstruction d’une partie de la demeure. L’édifice est composé d’un bâtiment central (ancien châtelet d’entrée de la fin du XIVe siècle, réaménagé au XIXe siècle) et de trois ailes rectangulaires disposées bout à bout en arc de cercle incurvé vers le sud. Ces ailes furent entièrement remodelées aux XIXe et XXe siècles.

La lignée des propriétaires : les seigneurs Guy de Rochechouart, Foucault Frotier de la Coste-Messelière puis après la révolution de nombreux propriétaires roturiers et depuis 1890 la famille Majou de la Débutrie toujours dans les murs. Le château de Cercigny a été la demeure de la petite fille de Jeanne de Saux-Tavannes, la célèbre Françoise Athénaïs de Rochechouart, marquise de Montespan, maîtresse de Louis XIV.

La chapelle

Datée de 1626, la chapelle reste l’unique témoin d’art rural parmi les chapelles du XVIIe siècle de la Vienne, implantée dans un cadre bucolique de 2,5 ha. On la doit à Jeanne de Saux-Tavannes, née en 1547 à Saulx-le-Duc en Bourgogne. C’est Jeanne qui décide de la construction de la chapelle à la fin de sa vie. Elle sera terminée l’année de son décès en 1626. Jeanne de Saux-Tavannes avait prévu cette construction pour permettre aux habitants de Cercigny d’accomplir leur devoir religieux. La chapelle est consacrée le 28 octobre 1674 sous les patronages de Notre-Dame de la consolation, dont elle porte le vocable et de Saint Clémentin. Jusqu’à la révolution, le père Coudrin s’occupera de la chapelle. Elle a été restaurée en 1986 sous l’impulsion de son propriétaire Jacques Boucheny et de l’association des « amis de Cercigny ».

Demeure à l’architecture royale, la chapelle de Cercigny possède un retable de pierre sculpté et une sacristie à la toiture de pierre voûtée en « cul de four ». Sa charpente du début 17e, en châtaignier, en forme de carène de bateau renversé est, avec son poinçon à pendentif, un véritable chef-d’œuvre unique en France. Ce type de plafond à « entraits apparents » existe dans la grand’chambre du Parlement (palais de justice de Paris) construite par Philippe le Bel en 1506 (ancienne chambre à coucher de Saint-Louis) due au moine Fra Giovanni Giocondo.

Charpente carène de bateau renversé, poinçon à pendentif

Alors âgé de 42 ans, René de Rochechouart (1728-1587) épouse Jeanne de Saux-Tavannes, le 1er janvier 1570, alors qu’elle vient d’avoir 23 ans. Durant 17 ans de vie conjugale, naîtront neuf enfants. Après 37 années passées à guerroyer au service de la France, René de Rochechouart s’éteint en son Château le 17 août 1587 âgé de 59 ans. Veuve à 39 ans, Jeanne n’aura de cesse d’administrer, de conserver les nombreux domaines dont elle avait la charge, et d’assumer l’éducation de ses enfants dont le plus âgé avait alors 16 ans. Mais surtout depuis ce jour, elle aura une vie occupée par la piété et la dévotion. La fin de sa vie sera marquée par une grande charité envers ses proches et ses serviteurs. (1)

Une lignée honorifique

Par sa mère, Jeanne descendait des rois de Bourgogne d’où son rang de princesse. Sous François Ier, son père Gaspard de Saux se voit attribuer honorifiquement l’ajonction du nom de Tavannes. Puis le roi, l’élève à la dignité de Maréchal de France. Il s’est illustré à la bataille de Moncontour où il a vaincu les troupes de Coligny. Il avait à ses côtés un jeune officier René de Rochechouart Mortemart de Château Larcher, dont les parents avaient établi leur résidence principale au château de Château Larcher (tout en étant seigneurs de Mortemart, Lussac, Verrières, Vivonne, Cercigny, Clavière (Marçay), Bellefontaine (Marigny-Chèmereau), Montpipeau, Tonnay-Charente).

Le pigeonnier

Un pigeonnier à pied séparé du corps de logis, privilège du seigneur haut justicier. Un bâtiment cylindrique du 17e avec 3050 boulins. (château de Vayres. XVII°. 2620 boulins–Saint-Georges les Baillargeaux–, Usson du Poitou-Artron. XVI°-2200 boulins). Pour 500 boulins, Il faut posséder au moins 50 arpents (environ 50 ares); un arpent carré ou acre par boulin soit environ deux boulins par hectare. Lors des alliances entre familles nobles, il se disait que la richesse de chacune était souvent déterminée grâce au nombre de boulins du pigeonnier… Et que parfois certains exagéraient leurs possessions en ajoutant de faux boulins…de cette pratique frauduleuse est née l’expression «se faire pigeonner ».

 

  • Adam de Sychar cité par Jacques Roussel. « Jeanne de Saux-Tavannes«