Les Ponts de la Levée

Les Ponts de la Levée

Les Ponts de la Levée 1900

Vivonne est installée à la convergence de 3 vallées sinueuses celles du Clain, de la Vonne, et du Palais.

Le bourg s’est développé en bordure d’un étroit éperon calcaire coincé entre la Vonne et le Palais, et sur l’éperon lui-même. La confluence de ces trois vallées implique à cet endroit la présence de zones basses et humides qui ont fortement entravé l’implantation humaine. Depuis ses origines, la ville a vu ses habitants contraints à construire des ponts pour franchir ses cours d’eau. Au sud de Vivonne le vaste espace dénommé la Levée s’étend à la confluence de la Vonne et du Clain. Il est occupé par de nombreux bras d’eau et conditionne l’accès à la rive est du Clain. La levée était déjà connue en 1120 sous le nom de confluentum (confluences)                                                                            

La porte se trouvait à l’entrée des ponts de la levée qui permettent de rejoindre la route de Château Larcher, Gençay ou Cersigny. On l’appelle également porte de Cersigné. En 1489, on va « des forges à la porte de la levée ». Les Forges est le toponyme alors utilisé pour désigner le carrefour joignant la rue de la mairie, la grand-rue et la rue Marcel Bourumeau. En 1624, «la grande tannerie de Vivonne» est déjà située juste après le bras principal de la Vonne,et  jouxte «la porte de la ville de Vivonne appelée la porte de la levée ».(2)

L’idée d’une intense circulation à cet endroit est confortée en 1431, dans une lettre de Charles VII. Elle concerne la réparation des ponts et chaussées de Vivonne et une des causes principales évoquée est le passage de nombreux « voituriers et marchands des pays de Berry, Limousin, Auvergne, Bourbonnais, et plusieurs autres qui ont l’habitude d’aller à la Rochelle, en Saintonge, et dans les pays voisins acheter sel et autres marchandises qui  passent et repassent nécessairement par Vivonne ». (2)

Le commerce du sel

Le sel utilisé comme monnaie d’échange et comme complément de ressources a eu une grande importance durant le Moyen Âge. Plusieurs sources textuelles attestent du rôle qu’a joué Vivonne comme étape sur la route du sel en Poitou. En 888 déjà, on connaît un chemin saunier passant dans la viguerie de Vivonne, près du Clain. Vivonne a pu au moins durant le XVe siècle jouer un rôle non négligeable dans la redistribution de cette marchandise vers l’intérieur des terres. En 1451, un rapport destiné au roi évoque le passage des marchands par Vivonne. Il concerne l’établissement de la gabelle en Poitou et en Saintonge, décrit les routes empruntées par les marchands en provenance de la côte atlantique et les principaux points de rupture, de vente ou de redistribution. Sur ce parcours, Vivonne, est citée comme une étape dans le transport du sel provenant de Niort, Parthenay ou Thouars en direction du Limousin, de la Marche, de l’Angoumois ou de l’Auvergne. (4)

Jeux sur la digue 1900

Les crues de la Levée : un casse-tête séculaire.

Dès la création du bourg castral, cette zone basse des Ponts de la Levée a constitué une zone difficilement exploitable, ces terres étant soumises à des inondations régulières. En 1430, une crue avait emporté la plupart des ponts de Vivonne et rien qu’au XXe et XXIe siècle, on compte une dizaine de grandes crues. A chaque fois, elles causent toujoursbeaucoup de dommages, elles inondent les Ponts de la Levée où toute circulation est interrompue, parfois larue de la mairie elle-même est envahie.*

Depuis le XV° siècle le problème de gestion et de réparation de ces ponts préoccupe une grande partie du pouvoir régalien et des élus locaux. Ainsi en Janvier 1431, Charles VII, de Chinon, accorde au seigneur de Vivonne et deMortemart «son ami et féal chevalier, conseiller et chambellan» la création de droits de péage pour l’entretien dela Levée et des Ponts de Vivonne.  « Etant donné que les pauvres gens de la ville de Vivonne qui est environnéede 3 rivières, Clain, Vonne et Palais doivent soutenir dix ou douze ponts, ce qui leur est objet de grandedépense ». leur ville ». « Le Roi accorde au seigneur de Vivonne le droit de lever à loisir par manière depéage, sur chaque charrette de vin ou de sel ou d’autres marchandises passant par sa ville 4 denierstournois sur chaque bête chevaline portant à bât, 1 denier tournois, sur chaque bête à pied fourché, 1obole tournois, à condition de refaire et soutenir les dits ponts et passages ». (5)Inlassablement jusqu’au début du XXI° siècle, la préservation, la maintenance et la réparation des ponts de la levée resteront un sujet brûlant.

Crue de 1904

« L’affaire des bouchaulx », entre Vonne et Clain.

On connaît les problèmes conflictuels dûs à la multiplicité des moulins implantés sur le Clain et par voie de conséquence les conflits entre propriétaires en raison du lâcher des eaux ou de leur rétention, d’un établissement à l’autre, soit pour les pêcheries soit pour l’envahissement des terres agricoles par les eaux ou la sécheresse, provoqués par l’ouverture ou la fermeture des écluses. Datées du 14 octobre 1620, des archives nous renvoient aux nombreuses rivalités entre gestionnaires de moulin et de pêcherie.L’importance de l’eau et de la pêche, à travers les attendus d’un jugement, entre Geneviève de Barbizières, veuve du seigneur de Vounant et de St Aubin et messire Aimé de Rochechouart, sieur de Tonnay Charente, de Vivonne et Cercigné nous permet de mieux percevoir l’état de la digue et des moulins implantés au carrefour des 2 fleuves : « pour la commodité une longue chaussée revêtue de pierres et de paux (pieux), à une arcade sous laquelle le Clain conflue avec la Vonne…à ce moulin démoli par le temps ont succédé deux bouchaulx (parc à poissons), dont les sieurs de Vounant se sont toujours servis, soit pour la pêche, soit pour arroser en temps d’été, des îles, près et jardins… » où confluent le Clain et la Vonne, et les tanneries Naudin… afin de faire que l’eau qui descendait naturellement des dits bouchaulx sous cette arcade et de là allait se fondre dans le grand canal du Clain, fut portée de force jusqu’au dit moulin vulgairement appelé, moulin de la leuee » (levée). Le mot bouchot vient de buccaudum, bucca (bouche) qui a donné « bouche », bouche d’étang, au sens d’écluse, de parc à poissons.La résolution du jugement met en exergue les pratiques locales :                     « …secondement, que défenses soient faites au dit sieur de Vounant de divertir (détourner) ou empêcher le cours de la dite rivière du Clain, par le moyen des Bouchaulx, lesquels il sera tenu d’ouvrir durant les grandes eaux, et se fermer durant la sècheresse, et lorsque les eaux seront basses, à savoir depuis Pâques jusqu’à la Saint-Michel. »Le contentieux autour des bouchaulx nous permet de mieux comprendre le régime fiscal imposé par le clergé à l’époque, car les rivières faisaient partie du domaine fiscal réservé…à l’évêque de Poitiers. 

 

 

 

La levée en crue 1904

La  légende du  Gouffre

Dans un de ses livres, Jacques Roussel nous confie que l’imaginaire de son enfance a été marqué par le gouffre des Ponts de la Levée : « par un temps de forte crue des sœurs venant de Château-Larcher à Vivonne avaient été emportées avec leur équipage dans les flots redoutables et que, jamais, on ne les revit. Les anciens nedisaient- ils pas que dans les ululements du vent, dans les ramures des grands peupliers, par cesgrandes et terribles nuits d’hiver, ils croyaient avoir entendu quelques plaintes et le son grave et tristedu glas des morts sortir de l’onde bouillonnante. » Et il rappelait que ce gouffre aux profondeurs insondables était, pour les enfants, le repaire d’un mammifère démoniaque et monstrueux qu’il dénommait « grosses bigorne » et que l’on retrouve à Iteuil et Vivonne sous l’appellation de « liboine ». Il serait sensé réapparaître pour venir happer les enfants désobéissants.

 La légende (6)

Cette légende, sujet d’un conte de Maurice Rat, est située à la hauteur de l’avant-dernier des ponts de la levée. Le sacristain de l’église de Château Larcher avait tant carillonné durant la nuit de Noël que la cloche s’était fêlée. Le curé chargea le dit sacristain de mener par charrette cette cloche chez le fondeur de Poitiers pour lui faire réparer. On était dans une période de grande pluie et de fortes inondations. Lorsque le convoi, auxquels s’étaient jointes deux religieuses, eut passé le hameau de Vounant, il s’engagea sur le pont de bois qui franchissait le Clain dont les eaux en crue tourbillonnaient en grondant. Effrayé le mulet d’attelage fit un écart et entraîna avec lui dans la rivière la charrette son conducteur et son chargement. Aucun vestige n’en fut retrouvé. On dit que durant les nuits de tempête, au temps des grandes crues, on entend sortir du fond de la rivière, en ce lieu appelé le gouffre, Les plaintes des noyés et le glas de la cloche fêlée de Château Larcher.

Des travaux destinés à régulariser le cours du Clain, exécutés en juillet 1977 ont entraîné la disparition du gouffre.

Raconté par Victor Pépin (7)

« Au moment des grandes eaux, certains ont cru voir vaguement réapparaître des profondeurs du gouffre… des cornettes de bonnes soeurs… Le départ se fit joyeusement et tout se passa bien jusqu’à l’entrée de la petite ville de Vivonne, traversée par trois rivières. Il pleuvait fort depuis quinze purs et ces rivières étaient toutes en crue. Le Clain, la riviere principale qu’il fallait traverser sur un mauvais pont de bois, était bouillonnant de fureur, c’était un vacarme infernal, le mulet effrayé par le mugissement du torrent, fit un terrible écart et maigre les efforts désespérés du conducteur, la carriole et ses occupants s’abîmèrent dans le gouffre, malgré les recherches il ne fut, dit-on, jamais rien  retrouvé d’eux… A ce moment de ce récit, ma bonne vieille marraine se penchant vers mon front terrifié, baissant la voix avec un ton de mystère et, de confidence, continuait son récit en me disant qu’aux temps lointains de son enfance, un très vieil aïeul lui avait certifié qu’il avait entendu dire que bien des années après ce sombre drame, au moment des grandes crues d’hiver, par les tristes nuits de tempêtes, quand le vent sifflait dans les ramures défeuillées des grands peupliers, il avait semblé à quelques personnes, entendre sortir du sein de l’onde en folie, les tintements lugubres de la pauvre cloche immergée, sonnant le glas des morts… »

(5) La Vienne légendaire .Librairie ancienne Brissaud

(6) cité par J.Bouchet

Crédit photo: Jean Roussel, Jean-Pierre Compagnon

La levée et le pont aux Carmes
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